Goma : Mack El Sambo veut « chanter la paix » au Festival Social du Kivu

Dans une ville marquée par l’insécurité persistante et les restrictions de circulation, Mack El Sambo, figure emblématique du reggae engagé, s’apprête à monter sur la scène du Festival Social du Kivu (FESKI). Avec plus de trente ans de carrière, l’artiste qui se présente comme une sentinelle du bon comportement » souhaite porter des messages de paix, d’amour et de cohésion dans une région meurtrie par les conflits.
Une carrière forgée par les blessures de l’histoire
Machozi Kataka Lusambo, connu sous le nom de Mack El Sambo, est basé à Goma. Il revendique une carrière de « sacrifice » au service de la paix dans la région des Grands Lacs. Son parcours artistique est intimement lié aux tragédies qui ont secoué l’Afrique centrale notamment les massacres de 1993 au Burundi, le génocide rwandais de 1994, la guerre de libération de 1996 au Congo et les conflits qui ont suivi.
Face à ces violences, Mack El Sambo a choisi le reggae comme vecteur d’expression. Dans un pays où la rumba domine, il a préféré un style musical capable de porter des messages profonds et universels.
« Ma musique est une alternative au conflit. Elle transmet des messages de paix, d’espoir et d’amour. »
L’artiste révolutionnaire : voix des sans-voix
Mack El Sambo se définit comme un artiste révolutionnaire. Pour lui, ce terme désigne celui qui refuse l’injustice, qui dénonce les abus de pouvoir et qui défend les opprimés. « Un artiste révolutionnaire ne doit pas rester calme quand les droits des autres sont piétinés. Il est une porte-voix, un éducateur, un diseur de vérités crues. » . Son engagement lui a valu des interpellations et des menaces. Il reconnaît que le climat politique actuel impose une prudence dans l’écriture et la prise de parole. « Aucune révolution ne vaut la vie. Il faut rester prudent. »
Le FESKI : une nième scène pour la résilience
Malgré les tensions, Mack El Sambo a choisi de se produire au Festival Social du Kivu. Pour lui, cet événement est une opportunité de transmettre des messages de cohésion, de vivre-ensemble et de détraumatisation à une population résiliente. « Je veux que le public retienne que Mack El Sambo était, est et restera au service de la population. » Il appelle à la réouverture de l’aéroport, des banques, et à la libre circulation dans le pays. Il souhaite que le Congo redevienne un, uni et apaisé.
Un appel aux jeunes artistes
À ceux qui souhaitent s’engager dans la musique révolutionnaire, Mack El Sambo adresse un message clair : « Ils sont les bienvenus. Ils doivent juste se rassurer qu’ils ont été créés pour ça. »
Pour lui, la musique est une force capable de changer les choses, comme elle l’a fait en Afrique du Sud. Elle peut désarmer les cœurs et éveiller les consciences.
Dans une Goma en crise, Mack El Sambo continue de chanter. Sa voix, portée par le reggae, résonne comme un appel à la paix et à la dignité.
Amani Lugero



