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Culture : Jugé d’édition réussie en demi-ton, voici les 10 points à retenir du FESTIRAS

Le FESTIRAS, Festival du Rap et du Slam, en est à sa deuxième édition à Kinshasa. Mission claire affichée sur toutes les affiches : CARAVANE DE PAIX. Prôner la paix et dénoncer plus de 30 ans d’instabilité à l’Est de la RDC. Le public a et l’organisation ont tous répondu présent avec des improvisations au rendez-vous. Entre les intentions qui claquent et la réalisation qui bafouille, l’édition 2026 laisse un goût d’inachevé. Demi-ton, donc. Voici les 10 points à retenir :

  • La mobilisation du public

Le stade était plein, environ 8000 personnes. Le message de paix était vraiment attendu. 70% du public venu du Kivu n’est pas venu pour danser seulement. Ils sont venus chercher une tribune, un écho, une Caravane de Paix qui parle vrai. Pari gagné sur l’adhésion populaire. Le FESTIRAS reste un rendez-vous qui fait sens. Dommage que l’organisation n’ait pas été au niveau de leur attente.

  • Le son et les lumières

Contrairement à l’année passée, la technique était enfin à la hauteur. Son propre, puissant sans saturer les tympans. Lumières soignées, jeux de projecteurs qui suivaient le rythme. Sur le plan technique pur, l’équipe a corrigé sa copie. C’est le seul secteur où on peut dire “mission accomplie” sans rougir. Mais aucun micro sans fil, chose qui limitait les mouvements des artistes sur scène. Sauf pour LaFouine. Deux poids, deux mesures même dans les câbles.

  • Les artistes du Kivu, cœurs du message

On a donné à tout le monde le micro, sauf à l’Est. Afande Ready, Damas Bamba, Master B Shako, Gloria Bash, Lion Boy. Eux ne chantent pas la paix par slogan. Ils la portent dans leurs valises, dans leurs visas refusés, dans leurs routes coupées. Pas de vols Goma-Kinshasa, frontières fermées à cause d’Ebola, trajets du combattant. Récompense : moins de 10 minutes de scène chacun. Marginalisés ? Euphémisme. Quand ceux qui vivent la guerre ont moins de temps que ceux qui la commentent depuis Kin, le concept “Caravane de Paix” prend un coup. Le vrai message s’affaiblit dès qu’on coupe le micro à ceux qui l’ont payé au prix fort. D’ailleurs, pour Gloria Bash, on dirait qu’elle a fait plus de 2500Km pour se promener. Elle n’a même pas senti l’odeur de la scène, introuvable sur les lineups.

  • Le déséquilibre du temps de scène

À l’inverse, les artistes de Kinshasa ont eu droit à des sets confortables, longs, détendus. Tous les artistes du Kivu étaient coupés dès la 3ème chanson, voire la 2ème. Cerise sur le gâteau, couper un artiste en plein show pour balancer le DJ, puis le remonter 30 minutes plus tard car le public l’a réclamé. Erreur stratégique grave. Le public a déjà scrollé, son mood est passé. Le public du Kivu attendait ses voix. Il a eu des miettes. Et pas seulement des miettes, mais des miettes froides.

  • La communication : le point noir récurrent

Même reproche qu’en 2025, mot pour mot. Les pages du festival à la traîne : vidéos de mauvaise qualité, photos floues, zéro annonce des arrivées d’artistes sauf pour La Fouine, annoncé avec une vidéo amateur filmée au coude. Pas de lineup publié pendant le festival, pas de vidéos d’ambiance, zéro contenu qui montre les artistes sur scène, juste quelques lives bricolés. Une semaine avant le show, les pages auraient dû être en ébullition. Elles étaient plus que silencieuses aux moments où elles devaient être loquaces. Et quand on n’a pas encore d’audience, la règle de base c’est de collaborer avec les médias locaux qui ont de l’impact pour relayer chaque mouvement, avant, pendant, après. Pour le FESTIRAS, on dirait que la cellule com’ et marketing n’existe que sur l’organigramme. Relation presse-média : inexistante.

  • L’organisation scénique et le running order

Dans les loges, même les artistes ne savaient pas qui passait après qui. Impression générale : tout s’improvise sur place, à la voix, au feeling. Un festival sous haut patronage du président de l’Assemblée nationale Aimé Boji, avec un soutien financier important cette année, ne peut pas se permettre une gestion artisanale. En 2025 on pouvait parler de budget serré. En 2026 l’excuse ne passe plus. L’argent était là. Le plan, le conducteur, le sérieux… moins.

  • Les coupures d’électricité

Le choc de la soirée. Deux coupures de plus de 30 minutes chacune. La première pendant Zozo Machine : ambiance concert aux chandelles. La seconde juste avant l’entrée de La Fouine, tête d’affiche : suspense maximal, énergie au sol. Dans un festival national, en 2026, avec le soutien de l’Assemblée nationale, c’est impardonnable. Ces deux blackouts ont cassé la dynamique d’une édition qui avait pourtant bien démarré. La deuxième coupure a vidé plus de 50% du public. On ne dénonce pas l’instabilité à l’Est en créant de l’instabilité sur scène.

  • La sécurité et l’accès

Point positif : la sécurité à l’intérieur était top, présence visible, professionnelle. Un public responsable aussi, pas d’incident.  

Point négatif : désordre total à la porte. Scan des billets qui provoque une lenteur énorme, vérification des billets déjà scannés sur le bras. Fouillage des festivaliers manuel et automatique. Résultat : files interminables et frustration dès l’entrée. Le public a eu le temps de réciter le préambule de la Constitution avant de franchir le portique.

  • Les à-côtés : stands et prix

Bonne surprise. Plusieurs stands de boissons et nourriture, prix abordables. Le public a pu se restaurer sans vendre un rein. Sur ce volet, le festival a pensé au confort du public. Un rare moment où le rapport qualité-prix n’a pas donné envie de pleurer.

  • Verdict : réussie en demi-ton

Le FESTIRAS 2026 a prouvé qu’il pouvait offrir une scène technique de qualité et mobiliser pour la paix. Mais il a échoué là où on l’attendait le plus : donner la parole à ceux qui la portent dans leur chair, et organiser à la hauteur des moyens et des enjeux. Avec les coupures, la com’ ratée, la marginalisation des artistes de l’Est, et l’absence des slameurs, moins de deux sur le programme, cette édition passe à côté de son statut d’événement historique.

En Conclusion, le potentiel est là. Les excuses financières ne tiennent plus. Pour 2027, le FESTIRAS devra choisir : festival de façade qui coche les cases, ou vraie tribune pour l’Est qui assume ses engagements jusqu’au bout. La paix, ça se programme aussi.

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