Toleka Festival à Kisangani, un laboratoire de création pour quinze danseurs

Pour sa première édition, le Toleka Festival, porté par la compagnie Les Arts Kultur (LAK), a placé la formation et la recherche chorégraphique avant les soirées de représentation. Quinze danseurs ont suivi un laboratoire de création sous la direction de deux artistes : le Congolais Fabrice Don de Dieu Bwabulamutima et la Française Stéphanie Chariau. Leur association traduit la volonté des organisateurs de favoriser l’échange entre le Nord et le Sud. Chaque participant devait bénéficier d’un suivi individualisé, combinant mentorat, coaching et ateliers, afin de bâtir sa propre proposition scénique et de gagner en autonomie.
La résidence a duré cinq jours et suivait une logique progressive, du groupe vers l’individu. Les premiers jours étaient consacrés à la danse contemporaine, à l’improvisation et au travail corporel, avant des cercles de parole autour de l’identité, du récit personnel et de la mémoire du corps. Dans une région marquée par les déplacements de population et les deuils, cette approche prend une résonance particulière. La phase d’écriture a ensuite pris le relais, avec accompagnement dramaturgique, échanges entre pairs, création musicale et travail sur le plateau. Chaque danseur y a endossé alternativement le rôle de créateur et celui de spectateur, dans l’esprit du directeur Christian Boley, qui voit dans la scène « un espace de la démocratie et de l’égalité ». L’objectif d’une programmation paritaire, à parts égales entre femmes et hommes, s’inscrit dans cette perspective, les danseuses de la région se heurtant à des freins sociaux, économiques et familiaux pour se former.
Au final, sept créations ont été présentées, accompagnées d’une restitution des ateliers. Dix étaient initialement prévues, avec des artistes issus de huit villes et de trois continents, mais des contraintes sanitaires et financières ont conduit à réduire le programme. Le public a également pu voir une pièce de la compagnie française La Douche du Lézard, ainsi que « Miroir », travail en cours de la danseuse congolaise Angela Tondana et du photographe français Olivier Baudoin, qui mêle mouvement, image et regard. L’épidémie d’Ebola, les restrictions de déplacement, notamment par l’Ouganda, et l’insécurité sur les routes reliant Goma à Kisangani ont toutefois empêché plusieurs artistes du Kivu de rejoindre l’événement. Christian Boley a exprimé sa déception et dit espérer les accueillir à une prochaine édition.
Le nom du festival fait référence au toleka, un taxi-vélo à coussin et à décor brodé, apparu à Kisangani en période de crise économique. Évincé aujourd’hui par les motos-taxis, il reste largement inconnu des plus jeunes, souligne le directeur. Le laboratoire prolonge cette image : tout comme le toleka transportait ses passagers d’un point à un autre, la résidence accompagne chaque danseur de son vécu vers une œuvre aboutie. En faisant de la formation le cœur du festival, les organisateurs privilégient la durée, un artiste ayant trouvé son langage chorégraphique continuant à créer bien après la dernière représentation. Les quinze participants en sont les premiers témoins et relais.
Azga Shachikere



